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6 novembre 2019

Du duo D’ores & Déjà

Vanessa Blais-Tremblay, la musique traditionnelle au féminin

Pour Vanessa Blais-Tremblay, remettre de l’avant le rôle des femmes, d’hier et d’aujourd’hui, dans la musique traditionnelle est un véritable carburant.

Maxime Coursol

Éric Bégin et Vanessa Blais-Tremblay, en plein spectacle.
Éric Bégin et Vanessa Blais-Tremblay, en plein spectacle.
© (Photo gracieuseté)

« J’ai toujours baigné dans la musique traditionnelle, dès le cégep, j’en ai joué et en terme identitaire, c’est ce qui me rejoint », confie tout de go la violoniste, résidante de Sainte-Agathe. Toutefois, quelque chose la chicote dans les grands classiques de ce style: le rôle de la femme. « On parle toujours de la bergère, de la vierge ou de la mère restée à la maison. J’ai eu envie de sortir des clichés et de faire revivre notre histoire, de façon alternative. »

À la base, Mme Blais-Tremblay a eu l’idée de mettre en lumière le rôle que les femmes ont joué, entre autres, dans le développement de la culture au Québec. Avec Éric Bégin, avec qui elle forme le duo D’ores & Déjà, elle a obtenu une bourse de 18 000$ du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2017 pour arranger et donner une deuxième vie à des compositions d’artistes féminines, tombées dans l’oubli avec le temps. Le projet a cependant évolué et, à la suite de nombreuses entrevues avec des femmes âgées qui lui ont raconté leurs vies, le duo a choisi de présenter des compositions originales pour mettre en lumière la réalité des femmes de l’époque, qui n’était pas toujours celle qu’on peut croire.

« On nous a souvent décrit la réalité des femmes bourgeoises, prises à la maison, qui ne peuvent pas travailler et qui n’ont aucun droit. Cette image-là n’est pas complètement fausse, mais ce n’est pas la réalité de toutes les femmes de l’époque. Il y a plein de femmes qui travaillaient: les mères monoparentales, les immigrantes, les vieilles filles. Ce n’est pas vrai que chaque femme écoutait le curé et passait sa vie dans la cuisine à élever 10 enfants », plaide l’auteure-compositrice-interprète de Sainte-Agathe.

Diversifier l’imaginaire du passé

C’est ainsi que Vanessa Blais-Tremblay a composé plusieurs chansons touchant aux grands thèmes de la musique traditionnelle, comme l’alcool et les fêtes, la religion, le deuil et même l’érotisme, mais toujours dans une perspective féminine. « Je pense que la musique peut servir à se réapproprier notre passé, dit-elle. C’est donc important pour moi de passer par la musique pour diversifier l’imaginaire, pour sortir d’une vision discriminatoire de la femme et pour embrasser une vision plus égalitaire, qui existait aussi à l’époque. Ce n’est pas vrai que la femme qui veut plus d’indépendance, ç’a été inventé dans les années ’60! »

« On ne peut pas recréer le passé, mais on peut l’imaginer différemment. »

-Vanessa Blais-Tremblay

Pour l’artiste, maman de deux enfants, il est important aussi de passer par la musique pour accomplir une transmission familiale. « On a la chance, quand on a des enfants, de modéliser les comportements qu’on aime. Je trouve important de créer un lien avec nos mères et nos grand-mères en présentant leurs vies telles qu’elles ont été, pour montrer aux plus jeunes que oui, il y a eu avant elles des femmes qui ont su réaliser leurs rêves même si elles avaient des enfants. Je pense que ça enlève de la pression sociale sur les autres femmes, celles d’aujourd’hui et de demain », avance-t-elle.

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Maxime Coursol

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