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11 juin 2015

Les lacs sont en train de devenir de vraies forteresses!

Je connais bien les Laurentides, car j’ai toujours aimé faire du canot. Dans les années 70 et 80, j’ai exploré de nombreux lacs et rivières de la région. J’ai même été membre du fameux Club de canot-camping Les Portageurs.
Les lacs: d’immenses forteresses maintenant, selon Réjean Lamontagne.
Les lacs: d’immenses forteresses maintenant, selon Réjean Lamontagne.
© Photo TC Media - Archives
Je connais bien les Laurentides, car j’ai toujours aimé faire du canot. Dans les années 70 et 80, j’ai exploré de nombreux lacs et rivières de la région. J’ai même été membre du fameux Club de canot-camping Les Portageurs.

Je ne suis pas un pêcheur. Mon plaisir est de contempler la beauté des rives et ceux des paysages avec ma femme. Plus jeune, nous faisions parfois du camping sauvage, mais aujourd’hui, nous aimons arriver sur un lac, le matin avec un lunch, en faire le tour tranquillement et revenir dormir chez nous.

Forteresses

Depuis que je suis dans la cinquantaine, je possède un petit moteur électrique que j’accroche à l’arrière de mon embarcation, car je n’ai plus les bras aussi forts qu’avant. Ma femme et moi, il nous est arrivé, à quelques reprises, de nous rendre à l’autre bout d’un lac facilement avec une petite brise dans le dos, mais d’avoir un mal fou à revenir sur nos pas. On ne prend plus de chance.

Aujourd’hui, à 60 ans, avec un dos fragile et un peu d’arthrose, l’idéal pour moi est de partir à la rame avec ma femme et d’alterner avec le moteur électrique quand nos bras commencent à faiblir. Aujourd’hui, j’adore tout autant cette activité que je trouve bonne pour la santé, relaxante et écologique (aucun bruit, aucune pollution). Je crois d’ailleurs que l’amour du canot fait partie des gènes d’un bon nombre de Québécois.

Commençant ma retraite cette année, je me suis acheté un nouveau canot en kevlar ce printemps (l’autre commençait à être un peu lourd à mettre sur le toit de ma voiture) et j’ai dressé la liste des lacs situés autour de Val-David. En attendant la belle saison, je suis allé voir, avec ma voiture, si les entrées et les débarcadères des lacs étaient toujours au même endroit. Pour les lacs que je ne connaissais pas, j’ai contacté les hôtels de ville ou les bureaux touristiques.

Ce que j’ai découvert m’a horrifié. J’écris cette lettre ouverte aujourd’hui, car il est évident que les lacs des Laurentides deviennent de plus en plus des forteresses bien gardées pour un petit groupe de privilégiés, les riverains de ces lacs regroupés en association, en groupes de pression.

Dans la municipalité de Sainte-Agathe, qui est voisine de la mienne, pratiquement tous les lacs ont été fermés au public: le lac à la Truite, le lac Brûlé, le lac Noir et le lac Papineau. Plus jeune, j’ai souvent pagayé sur le lac Papineau. Le mois dernier, j’ai passé devant le débarcadère. On a rénové la clôture afin que plus personne ne puisse passer. À Sainte-Agathe, il ne reste qu’un seul lac accessible: le lac des Sables. Au téléphone, on m’a dit que ça me coûterait le prix d’un lavage (si nécessaire) pour mettre mon canot à l’eau, mais je n’ai pas le droit d’apporter mon moteur électrique. La raison? On n’a jamais pu me l’expliquer. C’est le règlement, voilà tout (peut-être pour empêcher les pêcheurs de venir?). Impossible donc pour moi de faire du canot à Sainte-Agathe.

Si je vais un peu à l’est, à Val-des-Lacs, là où il y a l’Auberge du Petit Bonheur, c’est la même chose. Impossible de mettre un canot au lac Quenouille. Il n’y a aucune entrée, m’a-t-on dit à l’hôtel de ville (avant il y en avait une). Et c’est la même chose, au nord, pour les lacs de la municipalité de Mont-Tremblant et Rivière-Rouge. Nos lacs deviennent peu à peu des forteresses.

Mais les pires de tous se trouvent sur la route 321, en direction de Saint-Donat. Vous connaissez le petit village de Lantier? Il y a là le grand lac Ludger que je connais pour l’avoir pagayé à quelques reprises jadis. Ces gens-là méritent la palme d’or de l’insolence et de la mauvaise foi. Quand j’ai passé devant le débarcadère du lac Ludger, j’ai eu la surprise de constater qu’ils avaient complètement bloqué l’accès. Je suis allé frapper à l’hôtel de ville et devinez ce qu’ils m’ont dit: «Bien sûr que vous pouvez y aller, mais ça va vous coûter 300$ pour la journée. Imaginez… 300$ plus les frais de lavage pour ramer quelques heures sur le lac Ludger!

À mes yeux, c’est pire qu’une interdiction, c’est une injure, une gifle en plein visage. «On ne veut pas vous voir ici!» semble rétorquer ce règlement. Et les autres lacs de Lantier? Tous fermés au public: le lac Cardin, le lac Dufresne et le lac de la Montagne Noire.

Comment expliquer une chose pareille? Le canot ne pollue pas, ne fait aucun bruit (à rame ou électrique) et, comme il est transporté à l’envers sur le toit des voitures, il ne peut transporter d’algues envahissantes.

Moi, ça fait 40 ans que je fais du canot et je ne suis jamais revenu chez moi avec des algues collées à mon canot. Et, même s’ils y en avaient, comment voulez-vous qu’elles survivent sur l’autoroute ou par la suite dans ma cour au soleil? C’est absurde.

Les algues bleues et la myriophylle à épi, voilà de belles raisons pour l’élite laurentienne de chasser tout étranger de leur lac. Heureusement, toutes les municipalités ne sont pas comme ça. On accueille toujours avec gentillesse (gratuitement à part ça) les canots (avec ou sans moteur électrique) au lac Masson, à Sainte-Marguerite, au lac Manitou, à Ivry-sur-le-Lac, à Labelle, aux lacs Pimbina, les lacs Ouareau et Archambault à Saint-Donat. Mais pour combien de temps encore?

Les riches riverains de ces lacs sont-ils en train de fomenter quelque chose? Ma crainte, tranquillement pas vite, c’est que toutes les municipalités des Laurentides deviendront comme Lantier. Il ne sera plus possible de faire du canot nulle part.

On vante sans cesse la richesse extraordinaire du Québec avec ses milliers de lacs, mais si ces derniers ne profitent qu’aux privilégiés, qui ont la chance d’habiter autour, à quoi bon parler de richesse collective? «Allez dans les Hautes-Laurentides», diront les instigateurs de ces règlements. Ça vous tente, vous, de faire deux heures de voiture et une heure dans la «garnotte»? Et bien moi non!

Sachez, en terminant, que je suis de tout cœur avec les pêcheurs du Québec qui, eux, vivent une situation encore pire que moi. Pour eux, je crois que c’est déjà terminé. Ceux que je connais se rebattent à regret dans les pourvoiries privées. Cette situation est, à mes yeux, vraiment déplorable et j’espère que tous ceux qui aiment le canot, le kayak, la voile et la pêche vont se joindre à moi.

Réjean Lamontagne

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